Tel qu'en lui-même l'éternité le chante

Daniel Pommereulle

Il cherche ce qui peut l'attacher au monde plus fortement que tout, et qui, en même temps lui ôte subitement la pression du monde.

Pour finir en beauté

Le dict des mors et des vifz

Ma génération et celles qui suivent ne connaissent pas la guerre, cette confrontation continuelle avec la mort. La guerre déplacée, celle d'Algérie, nous fut même totalement épargnée, car nous étions trop jeunes pour seulement la concevoir. A mon sens, si l'on sait de quoi on parle en évoquant la création artistique, le résultat ne s'est pas fait attendre, pour imprévu qu'il puisse paraître aux yeux de certains, l'émergence d'un artiste supérieur devenait impossible et celle d'un simple artiste improbable. Restent les plasticiens, les écrivains, les musiciens, etc., c'est à dire du rase-motte sensoriel. Si j'avais à ouvrir une école d'art demain matin, je proclamerais la dissection discipline obligatoire tout au long de la 1ère année. Ecrivains, plasticiens, musiciens, les mains dans les morts, une bonne année suffirait, jusqu'à la reconnaissance parfaite des textures si singulières du cerveau, des poumons, de la rate et de la vessie, jusqu'à la connaissance de l'harmonie des tissus du corps et surtout celle de la forme et de la fonction du corps jusqu'à ce que la mort s'épanouisse en un autre état permanent de la vie des prétendants qui seraient demeurés prétentieux sans ce régime. La chance alors, aurait toutes ses chances de voir peu à peu se construire un artiste digne de ce nom. Car la chance de rencontrer personnellement l'action de la mort devenue si infime depuis tant de décennies, je ne vois plus d'autre issue que la création d'une bonne école de la mort si l'on s'inquiétait vraiment de l'absence qui s'étend d'artistes en France. Très facheux sans doute le fait que la connaissance théorique de la mort demeure parfaitement inopérante dans cette vie, il faut y avoir été, être parvenu à en revenir, au vrai.

Le problème est de tenir au plus près du vrai conflit, le seul qui compte, la vie et la mort, pour le reste tout le monde s'en charge, la désinfection générale suit son cours. Mais sur le tissu lisse des rapports numériques a-t-on vraiment besoin de tels qui se disent artistes pour un dernier toilettage de la représentation du monde, déjà si livide?


Bernard Lamarche-Vadel.

Moses und Aron de J.M. Straub et D. Huillet (1974)

Il n'y a rien de plus horrible que de se rendre compte soudain que même vos pensées les plus secrètes ne sont pas à l'abri. La nudité totale, obscène. Plus aucune protection : le dehors terrifiant. On m'avait expulsé de chez moi, je n'avais plus nulle part où aller. Doussandre campait dans ma tête, il s'était installé sans rien dire, pour le moment il était encore discret, il marchait à pas de loup, comme un cambrioleur sur la neige, mais peut-être que bientôt, si je le laissais faire, il installerait dans mon pauvre crâne un métro ultra-moderne, un cinéma permanent, un réseau d'espionnage, une station de taxis, une centrale nucléaire, un jardin d'enfants, un avortoir, un lycée-pilote, une chambre des députés, un camp de concentration, une fabrique de préservatifs, une caserne, un asile d'aliéné, un ciné-club, une couveuse artificielle, un club de judo, une gare de triage, un aéroport, que sais-je encore, comment savoir où il s'arrêterait? Quand un homme s'installe dans votre crâne, avec armes et bagages, vous n'avez plus qu'à lui céder la place et aller vous installer ailleurs. J'ai demandé d'une voix blanche un autre verre de saint-émilion.
A ne pas mesurer les progrès des traîtres que l'on porte en soi contre soi, on devient le traître de soi duquel la mort vient.

Dr Marbach

Extrait de "Genèse d'un repas" de Luc Moullet (ou "De la profitasyon")

Barres de Luc Moullet (1)

Barres de Luc Moullet (2)

Le plus beau film du monde

L'Ecole buissonnière

Plus qu'une consolation serait : toi aussi, tu as des armes (Journal F.K.)

Paradiso - Canto XXIII -

Après la mort de dieu annoncée par Zarathoustra, le mot société commence à apparaître constamment dans le vocabulaire courant tandis que son double dégradé reste encore dans le noir : la société dans son spectacle, dans les fibres de son spectacle, spectacle qui devient peu à peu la société toute entière et auxquels répondent comme autant de mini théâtres de la cruauté les artistes, les criminels et autres anarchistes couronnés pour faire œuvre totale contre les « envoûtements » et les suppôts que la société génère pour dominer les âmes. Sade préfigura avec haute précision cette ère d’interchangeabilité des corps ou les maîtres se partagent la possession absolue des âmes à travers le droit d’usufruit des corps. La société est un crime contre le corps, et cela commence dans la production même du corps. Le corps social, résultat d’un crime, fait son spectacle en reproduisant des images de corps, de corps d’échange, c’est à dire de monnaie vivante.
LE DIABLE, PROBABLEMENT.

Ce que je vois

Le diable, probablement

L'alignement de canons sur l'esplanade de l'hôtel des Invalides est hautement symbolique. Ces canons sont en effet pointés vers le palais de l'Elysée pour rappeler à son locataire qu'en France c'est le Peuple qui est souverain et qu'il peut à tout moment reprendre les armes.

Illumination du samedi 7 mars 2009

Des valeurs nouvelles

La difficulté est de se défaire de ses propres chaînes ; et, pour finir, de se défaire aussi de l'émancipation! Chacun de nous doit souffrir, bien que de façons très différentes, de la maladie des chaînes, même après qu'il les a cassées

En vert et contre tout

Le poète et l'époque présente

Le caractère de notre époque est l'ambiguïté et l'indetermination. Elle peut seulement se reposer sur ce qui est en train de glisser, tout en étant consciente qu'elle se repose sur une chose qui glisse, là où les générations précédentes croyaient à la solidité. Il vibre en elle un léger vertige chronique. Beaucoup de choses sont en elles qui se manifestent seulement à un petit nombre et beaucoup de choses sont absentes dont beaucoup croient qu'elles sont là. C'est ainsi que les poètes aimeraient se demander parfois s'ils sont là, s'ils sont donc réels de quelque façon pour leur époque, si, à côté de tant d'éloges traditionnels et schématiques, dont ils ont leur part, le seul éloge réel qui ne soit pas au-dessous de leur dignité : la confiance des hommes vivants, la reconnaissance chez eux de quelque autorité de chef, leur est réservé en quelque lieu

Prélude à la délivrance

Ceux qui veulent maintenir, peu importe quoi - les idéaux des lumières, ou bien les vestiges d'un ordre défunt -, se condamnent à une nostalgie impuissante. Au mieux, on rémunérera cette impuissance, avant de la soumettre à liquidation. Ceux qui, au contraire, veulent détruire, et en appellent à un surplus de ravage contre le ravage, se condamnent à des provocations stériles. Au mieux, on récompensera cette stérilité, avant de la vomir comme elle mérite. Dans les deux cas, on ne sort pas du négligeable.

La Fureur de vivre

ENTEN - ELLER

Oedipe sur la route

Elle rêve, cette nuit là, qu'elle entre en communication avec d'autres hommes qui, pourchassés et décimés par les peuples de la surface, se sont enfoncés dans la profondeur. Ils parviennent à survivre car leur nature est devenue plus subtile. Ils traversent librement la pierre, l'eau, la terre, ils se nourrissent de quantités infinitésimales. Ils s'habituent à cette vie souterraine, leurs esprits se rapprochent, s'unissent afin d'exister plus et mieux. L'amour joue un plus grand rôle dans leur vie, il s'étend au-dehors car tout ce qui va vers la beauté, vers le sacré dans la vie des hommes vient d'eux. Fondus dans la matière, ils n'ont plus besoin de leurs yeux, ils en ont perdu l'usage et on pourrait penser qu'ils sont aveugles. Un regard intérieur pénétrant les éclaire intimement avec plus de justesse et de fermeté. Ils semblent avoir dépassé le cap de la mort et s'ils ont leurs épreuves comme les peuples de la surface, c'est à un niveau plus élevé.

Manifeste

Nous voulons un monde meilleur.
Aidez-nous.
Nous ne sommes pas des terroristes, des « cagoulés », des «connus-inconnus» .

NOUS SOMMES VOS ENFANTS.

Ces « connus-inconnus » …
Nous avons des rêves. Ne tuez pas nos rêves.
Nous avons de l’élan. Ne stoppez pas notre élan.

SOUVENEZ-VOUS.

Un temps, vous étiez jeunes aussi.
Maintenant vous cherchez de l’argent, vous n’êtes intéressés qu’à la vitrine, vous avez pris du poids, vous avez perdu vos cheveux.

ET VOUS AVEZ OUBLIE.

Nous attendions votre soutien.
Nous attendions votre attention, nous pensions que nous allions être fièrs de vous - pour une fois.

EN VAIN.

Vous vivez des vies fausses, la tête penchée, vous êtes alliénés, rendus au système…
Vous avez jeté l’éponge et vous attendez le jour de votre mort.
Vous n’ avez plus d’imagination, vous ne tombez plus amoureux, vous ne créez pas.
Vous vendez seulement et vous achetez.
De la marchandise partout.

L’AMOUR ET LA VERITE ? NULLE PART.

Où sont les parents ?
Où sont les artistes ?
Pourquoi ne sortent-ils pas dans les rues ?

(Lettre des amis d'Alexandros Grigoropoulos, Indymedia Grêce)



Mardi 9 décembre, Athènes.

Samedi 6 décembre, Athènes.

Samedi 6 décembre, Athènes.

All in together now (...recognize...)

" Je vois, dit l'un des pères à l'un des fils, vous avez décidé de ne rien entreprendre de sérieux.
" De ne rien entreprendre, en effet, répéta Bazarov.
" Et de vous bornez à insulter.
" Exact.
" Et cela s'appelle nihilisme !
" Cela s'appelle nihilisme, répéta Bazarov. "

Auguste Blanqui

Une révolution détermine dans le corps social un travail instantané de réorganisation semblable aux combinaisons tumultueuses des éléments d’un corps dissous qui tendent à se recomposer en une forme nouvelle. Ce travail ne peut commencer tant qu’un souffle de vie anime encore la vieille agrégation. Ainsi, les idées reconstitutives de la société ne prendront jamais corps aussi longtemps qu’un cataclysme, frappant de mort la vieille société décrépite, n’aura pas mis en liberté les éléments captifs dont la fermentation spontanée et rapide doit organiser le monde nouveau.

Toutes les puissances de la pensée, toutes les tensions de l’intelligence ne sauraient anticiper ce phénomène créateur qui n’éclate qu’à un moment donné. On peut préparer le berceau, mais non mettre au jour l’être attendu.

Jusqu’à l’instant de la mort et de la renaissance, les doctrines, bases de la société future, restent à l’état de vagues aspirations, d’aperçus lointains et vaporeux. C’est comme une silhouette indécise et flottante à l’horizon dont les efforts de la vie humaine ne peuvent arrêter ni saisir le contour.

Il vient aussi une heure, dans les temps de la rénovation, où la discussion épuisée ne saurait plus avancer d’un pas vers l’avenir. En vain elle se fatigue à lever une barrière infranchissable à la pensée, une barrière que la main seule de la révolution pourra briser. C’est le mystère de l’existence future dont le voile impénétrable aux survivants tombe de lui-même devant la mort

Qu’on démolisse la vieille société : on trouvera la nouvelle sous les décombres ; le dernier coup de pioche l’amènera au jour triomphante.

Publication permanente

Tout à recommencer, encore. Nous répétons les mêmes mots, les mêmes pensées, les mêmes gestes. Il me semble que la logique ne peut plus être comprise par quiconque et que dans un même mouvement nous ayons perdu la magie du réel, le surnaturel. Nous sommes condamnés à résister, à errer à contre-courant d’un discours monstrueux. L’humanité, à présent, fait plier l’axe de la terre. C’est une maladie de la mort. Tout dans la destruction, l’impuissance, le prétendu destin qui s’alarme et nous faisons semblant de ne pas voir qu’il n’y a aucune fatalité là-dedans. C’est si simple. Ce qu’il nous reste ? Se détourner, biaiser, nous éviter. Le confort dans l’asservissement : la liberté et les lumières qui s’éteignent. Mais, tout revient à l’esprit, au désir, à la raison, pas au dollar ni à l’euro. Il vaut mieux feindre de ne pas être au courant, rester insensible à ce langage vérolé. Le discours social organise la farce, la mascarade, et celui-ci tout le monde y croit comme une nouvelle sorcellerie et sa chapelle de drogués. Il remplace dieu, une certaine idée de l’homme, il étend la pulsion de mort jusque dans l’idée de bonheur. Il nous recrée à son image, imprime en nous ses affects tristes. Nous faisons partie de l’actualité, de la bande image-son qui défile dans nos cerveaux nécrosés. Nous devenons sadiques à force de n’avoir plus d’intérêts en rien, de ne plus jouir que dans la précocité, de ne plus désirer que dans l’affirmation névrosée. Tout à recommencer, toujours. Les révolutions, le nouvel esprit, la nature qui s’alarme, la volupté. Encore, encore, encore. La vigilance ne suffit pas, ne suffira jamais. Il faut quelque chose de plus ; ce plus c’est l’absolu. Nous sommes dans la méfiance, le ressentiment, la minuscule idée de nous-mêmes. C’est un angle de tir qu’il est nécessaire de corriger. Regardez autour de vous. Etes vous heureux ? Pas vraiment. Manque t-il quelque chose ? Oui, toujours ; mais pour supporter le manque qui tient nos corps, l’éternel doit se combiner avec le transitoire ; l’absolu avec la réalité ; l’avenir avec le présent ; le désir avec la jouissance. La rébellion est entamée ! Préparez vos armes ! Franchissez la frontière ! Il faut rompre une vision dépassée du monde ! Retrouver le point aveugle tragique ! Nous ne sommes pas au bout de nos peines ! Tout à recommencer, toujours… Tenir le coup, transmettre la subversion, aller de l’avant, être des résistants implacables malgré nos handicaps et les barrières efficaces dressées devant nous. Ils sont nombreux ceux qui ont coupé avec les transferts médiatiques : toutes ces antennes qui proclament à chaque minute que l’aliénation est ce qu’il reste, qui répétent en un bruit assourdissant que les jours meilleurs, la liberté, le bien-être et la dignité sont des idées périmées. Ils sont nombreux ces garçons et ces filles de vingt ans, de trente ans, de soixante ans qui ne lâcheront pas le morceau, méprisant fièrement le retour à l’ordre pendant que le renoncement pointe chez ceux qui ne supportent plus leur jeunesse disparue. Mais la jeunesse est là et ne disparaît jamais et renaît explosive quand le jeu en vaut la chandelle. Et la belle idée de changer les choses sert de matrice à tous ceux que ne laisse pas indifférent le sort de la planète, puisque pour la première fois dans l’histoire humaine, nous sommes embarqués sur le même bateau, et plus précisément à bord de la même galère.



Publication permanente

Je me resserre un verre que je lève bien haut et je trinque aux plaisirs bestiaux, à l’art de la clandestinité, à la pluie sur le toit et au vin rouge trop frais, au R.M.I. et à la prime chômeur de fin d’année, à l’amour et à l’amitié, à la prise de la Bastille, au jeu de la vie, au vieux joint d’herbe qui tourne et au bon cœur des proprios qu’ils ne nous expulsent pas pendant l’hiver, à la musique (pièce pour mandoline de Vivaldi), à la chaleur des corps et au désir de communauté, à la corruption et aux marchés financiers, à l’anarchie, à Paris, à Grignan, à Marseille… Et à la nuit aussi, lorsqu’elle est belle et bleutée comme ce soir et pour couronner le tout aux voitures brûlées, une centaine par nuit en France ais-je appris il y a quelques jours. Je lève mon verre à la nature qui s’alarme, à la volupté, à la poésie et aux insurrections futures, à la beauté des femmes et au droit de me contredire. Je lève mon verre bien haut, encore plus haut et je crache à la gueule de notre président et de ses amis qui ont voté pour lui. Je suis bien. Je vais me reprendre un verre. Et le bilan de tout ça n’est pas tant le fait que, levant ce second verre, je pense ce que je dis, c’est d’avantage que je le pense à nouveau, que je continue à ne pas vouloir rentrer dans le moule et à rester obstiné malgré les injonctions qui fusent. Je suis convaincu que c’est une erreur de jouer un rôle ou de vouloir s’adapter à un système erroné, et j’ai l’intention de continuer à vivre comme bon me semble. C’est le plus sûr moyen d’emmerder les Hommes ridicules qui régissent en despotes les strates gélatineuses de la vie larvaire de ce pays.