Le dict des mors et des vifz
Le problème est de tenir au plus près du vrai conflit, le seul qui compte, la vie et la mort, pour le reste tout le monde s'en charge, la désinfection générale suit son cours. Mais sur le tissu lisse des rapports numériques a-t-on vraiment besoin de tels qui se disent artistes pour un dernier toilettage de la représentation du monde, déjà si livide?
Bernard Lamarche-Vadel.
Dr Marbach
Des valeurs nouvelles
Le poète et l'époque présente
Prélude à la délivrance
Oedipe sur la route
Manifeste
Nous voulons un monde meilleur.
Aidez-nous.
Nous ne sommes pas des terroristes, des « cagoulés », des «connus-inconnus» .
NOUS SOMMES VOS ENFANTS.
Ces « connus-inconnus » …
Nous avons des rêves. Ne tuez pas nos rêves.
Nous avons de l’élan. Ne stoppez pas notre élan.
SOUVENEZ-VOUS.
Un temps, vous étiez jeunes aussi.
Maintenant vous cherchez de l’argent, vous n’êtes intéressés qu’à la vitrine, vous avez pris du poids, vous avez perdu vos cheveux.
ET VOUS AVEZ OUBLIE.
Nous attendions votre soutien.
Nous attendions votre attention, nous pensions que nous allions être fièrs de vous - pour une fois.
EN VAIN.
Vous vivez des vies fausses, la tête penchée, vous êtes alliénés, rendus au système…
Vous avez jeté l’éponge et vous attendez le jour de votre mort.
Vous n’ avez plus d’imagination, vous ne tombez plus amoureux, vous ne créez pas.
Vous vendez seulement et vous achetez.
De la marchandise partout.
L’AMOUR ET LA VERITE ? NULLE PART.
Où sont les parents ?
Où sont les artistes ?
Pourquoi ne sortent-ils pas dans les rues ?
" De ne rien entreprendre, en effet, répéta Bazarov.
" Et de vous bornez à insulter.
" Exact.
" Et cela s'appelle nihilisme !
" Cela s'appelle nihilisme, répéta Bazarov. "
Auguste Blanqui
Une révolution détermine dans le corps social un travail instantané de réorganisation semblable aux combinaisons tumultueuses des éléments d’un corps dissous qui tendent à se recomposer en une forme nouvelle. Ce travail ne peut commencer tant qu’un souffle de vie anime encore la vieille agrégation. Ainsi, les idées reconstitutives de la société ne prendront jamais corps aussi longtemps qu’un cataclysme, frappant de mort la vieille société décrépite, n’aura pas mis en liberté les éléments captifs dont la fermentation spontanée et rapide doit organiser le monde nouveau.
Toutes les puissances de la pensée, toutes les tensions de l’intelligence ne sauraient anticiper ce phénomène créateur qui n’éclate qu’à un moment donné. On peut préparer le berceau, mais non mettre au jour l’être attendu.
Jusqu’à l’instant de la mort et de la renaissance, les doctrines, bases de la société future, restent à l’état de vagues aspirations, d’aperçus lointains et vaporeux. C’est comme une silhouette indécise et flottante à l’horizon dont les efforts de la vie humaine ne peuvent arrêter ni saisir le contour.
Il vient aussi une heure, dans les temps de la rénovation, où la discussion épuisée ne saurait plus avancer d’un pas vers l’avenir. En vain elle se fatigue à lever une barrière infranchissable à la pensée, une barrière que la main seule de la révolution pourra briser. C’est le mystère de l’existence future dont le voile impénétrable aux survivants tombe de lui-même devant la mort
Qu’on démolisse la vieille société : on trouvera la nouvelle sous les décombres ; le dernier coup de pioche l’amènera au jour triomphante.
Publication permanente
Tout à recommencer, encore. Nous répétons les mêmes mots, les mêmes pensées, les mêmes gestes. Il me semble que la logique ne peut plus être comprise par quiconque et que dans un même mouvement nous ayons perdu la magie du réel, le surnaturel. Nous sommes condamnés à résister, à errer à contre-courant d’un discours monstrueux. L’humanité, à présent, fait plier l’axe de la terre. C’est une maladie de la mort. Tout dans la destruction, l’impuissance, le prétendu destin qui s’alarme et nous faisons semblant de ne pas voir qu’il n’y a aucune fatalité là-dedans. C’est si simple. Ce qu’il nous reste ? Se détourner, biaiser, nous éviter. Le confort dans l’asservissement : la liberté et les lumières qui s’éteignent. Mais, tout revient à l’esprit, au désir, à la raison, pas au dollar ni à l’euro. Il vaut mieux feindre de ne pas être au courant, rester insensible à ce langage vérolé. Le discours social organise la farce, la mascarade, et celui-ci tout le monde y croit comme une nouvelle sorcellerie et sa chapelle de drogués. Il remplace dieu, une certaine idée de l’homme, il étend la pulsion de mort jusque dans l’idée de bonheur. Il nous recrée à son image, imprime en nous ses affects tristes. Nous faisons partie de l’actualité, de la bande image-son qui défile dans nos cerveaux nécrosés. Nous devenons sadiques à force de n’avoir plus d’intérêts en rien, de ne plus jouir que dans la précocité, de ne plus désirer que dans l’affirmation névrosée. Tout à recommencer, toujours. Les révolutions, le nouvel esprit, la nature qui s’alarme, la volupté. Encore, encore, encore. La vigilance ne suffit pas, ne suffira jamais. Il faut quelque chose de plus ; ce plus c’est l’absolu. Nous sommes dans la méfiance, le ressentiment, la minuscule idée de nous-mêmes. C’est un angle de tir qu’il est nécessaire de corriger. Regardez autour de vous. Etes vous heureux ? Pas vraiment. Manque t-il quelque chose ? Oui, toujours ; mais pour supporter le manque qui tient nos corps, l’éternel doit se combiner avec le transitoire ; l’absolu avec la réalité ; l’avenir avec le présent ; le désir avec la jouissance. La rébellion est entamée ! Préparez vos armes ! Franchissez la frontière ! Il faut rompre une vision dépassée du monde ! Retrouver le point aveugle tragique ! Nous ne sommes pas au bout de nos peines ! Tout à recommencer, toujours… Tenir le coup, transmettre la subversion, aller de l’avant, être des résistants implacables malgré nos handicaps et les barrières efficaces dressées devant nous. Ils sont nombreux ceux qui ont coupé avec les transferts médiatiques : toutes ces antennes qui proclament à chaque minute que l’aliénation est ce qu’il reste, qui répétent en un bruit assourdissant que les jours meilleurs, la liberté, le bien-être et la dignité sont des idées périmées. Ils sont nombreux ces garçons et ces filles de vingt ans, de trente ans, de soixante ans qui ne lâcheront pas le morceau, méprisant fièrement le retour à l’ordre pendant que le renoncement pointe chez ceux qui ne supportent plus leur jeunesse disparue. Mais la jeunesse est là et ne disparaît jamais et renaît explosive quand le jeu en vaut la chandelle. Et la belle idée de changer les choses sert de matrice à tous ceux que ne laisse pas indifférent le sort de la planète, puisque pour la première fois dans l’histoire humaine, nous sommes embarqués sur le même bateau, et plus précisément à bord de la même galère.
Publication permanente
Je me resserre un verre que je lève bien haut et je trinque aux plaisirs bestiaux, à l’art de la clandestinité, à la pluie sur le toit et au vin rouge trop frais, au R.M.I. et à la prime chômeur de fin d’année, à l’amour et à l’amitié, à la prise de la Bastille, au jeu de la vie, au vieux joint d’herbe qui tourne et au bon cœur des proprios qu’ils ne nous expulsent pas pendant l’hiver, à la musique (pièce pour mandoline de Vivaldi), à la chaleur des corps et au désir de communauté, à la corruption et aux marchés financiers, à l’anarchie, à Paris, à Grignan, à Marseille… Et à la nuit aussi, lorsqu’elle est belle et bleutée comme ce soir et pour couronner le tout aux voitures brûlées, une centaine par nuit en France ais-je appris il y a quelques jours. Je lève mon verre à la nature qui s’alarme, à la volupté, à la poésie et aux insurrections futures, à la beauté des femmes et au droit de me contredire. Je lève mon verre bien haut, encore plus haut et je crache à la gueule de notre président et de ses amis qui ont voté pour lui. Je suis bien. Je vais me reprendre un verre. Et le bilan de tout ça n’est pas tant le fait que, levant ce second verre, je pense ce que je dis, c’est d’avantage que je le pense à nouveau, que je continue à ne pas vouloir rentrer dans le moule et à rester obstiné malgré les injonctions qui fusent. Je suis convaincu que c’est une erreur de jouer un rôle ou de vouloir s’adapter à un système erroné, et j’ai l’intention de continuer à vivre comme bon me semble. C’est le plus sûr moyen d’emmerder les Hommes ridicules qui régissent en despotes les strates gélatineuses de la vie larvaire de ce pays.

















































